Le mot chamane nous vient de Sibérie, mais les pratiques que
l’on rapproche aujourd’hui du chamanisme existent sous des formes très
différentes selon les peuples et les cultures. Les rituels, les outils,
les croyances et les façons d’entrer en relation avec l’invisible
changent profondément d’une tradition à l’autre.
Ce qui les rapproche tient moins à une technique particulière qu’à une
certaine vision du monde :
l’être humain n’y est pas considéré comme séparé de ce qui l’entoure.
Il existe en relation avec son corps, son environnement, les autres
formes de vivant, sa communauté, ses ancêtres et les dimensions du réel
qui ne sont pas immédiatement perceptibles.
C’est là que ma propre vision du chamanisme prend racine. Je ne sépare
pas le corps des émotions, ni l’histoire individuelle de la lignée dont
nous sommes issus. Je ne considère pas non plus l’être humain comme un
système fermé, indépendant de son environnement et de ce qu’il traverse.
Plusieurs dimensions peuvent agir simultanément, sans que tout soit
pour autant énergétique, spirituel ou hérité des générations précédentes.
Ma pratique consiste justement à écouter leurs interactions.
Lorsqu’une personne vient me voir avec une douleur, une peur, une
fatigue, une répétition ou cette sensation plus difficile à définir que
quelque chose ne va plus, je ne cherche pas immédiatement une cause
unique. J’observe ce que raconte le corps, la manière dont le système
nerveux s’est organisé, les émotions encore actives, l’histoire vécue,
les mémoires éventuelles, ce qui peut appartenir à la lignée et ce qui
se manifeste sur le plan énergétique ou invisible.
Il ne s’agit pas de tout interpréter, mais d’élargir la question :
qu’est-ce qui est en train de se jouer, et qu’est-ce qui cherche à
retrouver du mouvement ?
Ma place dans ce travail
Être au seuil
C’est pour cette raison que je me reconnais profondément dans la
fonction de gardienne de seuil.
Un seuil est un moment où une manière d’être, de vivre ou de se
protéger ne fonctionne plus tout à fait, alors que la suivante
n’existe pas encore clairement. Un deuil, une séparation, une
maladie, un accident ou un épuisement peuvent provoquer ce
basculement, mais il arrive aussi qu’aucun événement spectaculaire
ne l’explique. Vous sentez simplement que vous ne pouvez plus
continuer exactement de la même façon.
Nous cherchons souvent à revenir à l’état d’avant. Pourtant, certains
passages ne demandent pas de redevenir celle ou celui que nous étions.
Ils nous obligent à nous réorganiser.
Je n’écoute donc pas les périodes de rupture uniquement comme des
dysfonctionnements à faire disparaître. Elles peuvent aussi révéler
ce qui est arrivé au bout de sa course, ce qui ne peut plus être porté
de la même manière et parfois ce qui cherche déjà à émerger.
C’est cet espace entre l’avant et l’après que j’appelle
le seuil. La chamane ne décide pas du passage à
votre place et ne cherche pas à vous faire avancer plus vite. Elle
tient suffisamment l’espace pour que ce qui demande à être reconnu,
traversé ou transformé puisse l’être à votre rythme.